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Le transfert d’entreprise dans le fossé des générations

19 septembre 2019

Les transferts d’entreprise seront nombreux au cours des prochaines années, mais peu vont se faire avec succès. Un oubli dans le processus : le fossé intergénérationnel entre cédants et repreneurs.

Le Centre de transfert d’entreprise du Québec retient qu’un propriétaire de PME sur quatre aurait l’intention de procéder à un transfert de l’entreprise au cours de la période 2017-2022. Selon son analyse, il y avait en 2017 plus de 52 000 exemples de transferts de PME québécoises réussis, soit près d’une PME sur trois. Bref, les spécialistes s’en remettent à la statistique voulant que 70 % des transferts échouent. Et si seulement 30 % traversent le cap de la deuxième génération, ce taux de survie passe à 10 % dans le cas de la troisième.

Le transfert impliquera généralement un membre de la famille, un gestionnaire, un employé, ou encore l’équipe de direction de l’entreprise, une formule mixte ou la vente à un tiers. Dans de nombreux cas, le processus de transfert d’entreprise pose d’importants défis générationnels sous-estimés qui peuvent compromettre sa réussite, retient Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). Ce fossé est d’autant plus important que plus de 80 % des PME sont des entreprises familiales. Une variable est souvent négligée : la difficulté de faire le lien, la jonction, entre les cédants et les repreneurs.

Enjeu clé

Dans une note publiée cette semaine, le cabinet d’experts-comptables énumère l’écart de valeurs, de façons de faire et des intérêts entre ces cédants et repreneurs qui pourrait nuire au processus de transfert. « Il s’agit d’un enjeu clé, car on remarque un grand fossé générationnel entre les Québécois qui sont nés avant 1965 (les traditionalistes et les baby-boomers, qui sont à l’âge de céder leur entreprise) et ceux qui sont nés après (les générations X et Y). »

Ainsi, les traditionalistes et les baby-boomers privilégient une gestion cartésienne et considèrent le travail comme une valeur prédominante. Pour leur part, les générations X et les Y ont une approche de gestion plus humaine et attachent avant tout de l’importance à la conciliation du travail et de la vie personnelle.

Pour les plus jeunes, le travail est un élément parmi d’autres, une source de savoir. Sa valeur ne se mesure pas en nombre d’heures travaillées, comme c’est le cas pour les baby-boomers, mais en fonction de leur contribution à l’entreprise, ajoute RCGT.

« De plus, les X et les Y sont peu impressionnés par l’autorité, contrairement à leurs aînés. Ils ont été habitués dès leur plus jeune âge à travailler en équipe ; ils privilégient donc une gestion et une prise de décisions collectives. D’ailleurs, on observe qu’en moyenne, ce sont trois repreneurs qui assureront la relève d’un cédant. »

De leur côté, les cédants ont pris l’habitude de travailler de façon assez isolée, en faisant appel aux conseils de professionnels externes.

« Le fossé entre les deux groupes est si large que, pour la première fois au Québec, l’influence générationnelle surpasse l’influence héréditaire ; c’est-à-dire que la relève est davantage influencée par les valeurs et les comportements propres à sa génération que par ceux de ses parents », écrit Raymond Chabot.

Résistance

Reste la résistance naturelle des propriétaires de PME à rejoindre les rangs des retraités. RCGT en énumère quatre raisons principales :

le deuil entrepreneurial, soit le sentiment de perdre son bien et de vieillir ;

le doute à l’égard des capacités de la relève à reprendre l’entreprise ;

l’inquiétude ou le doute quant à la faisabilité financière et au financement du projet ;

les considérations fiscales liées au transfert.

Source: ledevoir.com https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/562621/vos-finances-le-transfert-d-entreprise-dans-le-fosse-des-generations