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Pénurie de main-d’œuvre : «C’est de notre faute» 0

16 avril 2019

Le recrutement et la rétention d’employés étaient à l’honneur du Sommet canadien sur l’entretien de flotte (SCEF), alors que les deux premiers groupes de conférenciers ont abordé la pénurie de main-d’œuvre et les solutions pour la freiner.

Selon Bernard Boulé, directeur général de Camo-Route, il y aurait présentement 1 485 postes de mécaniciens de véhicules lourds vacants au Québec. Environ 400 étudiants obtiennent leur diplôme chaque année, et certains d’entre eux vont éventuellement changer de carrière. «Ce n’est pas suffisant», de dire M. Boulé, ajoutant que la situation était encore plus préoccupante chez les camionneurs. «C’est un défi majeur pour l’industrie.»

Les femmes sont toujours largement sous-représentées dans l’industrie du transport routier, et ce, même si les avancées technologiques ont rendu la plupart des emplois moins exigeants physiquement.

«Soixante-dix pour cent des universitaires sont des filles», d’expliquer Patrice Lagarde, président de Virus 1334, l’agence derrière la campagne Choisis ta route de l’Association du camionnage du Québec (ACQ) . «Et il y a clairement un problème d’accueil, d’intégration et de perception des femmes dans ce milieu.»

Camo-Route s’est d’ailleurs donné comme mandat de faire passer le pourcentage de femmes dans l’industrie du transport, au Québec, de trois à 10 pour cent.

Le rapport de force employeur-employé a quelque peu changé au cours des dernières années, alors que de nombreux candidats potentiels se demandent maintenant ce que l’entreprise peut faire pour eux.

Marco Girardin, directeur sécurité/conformité et flotte pour le Groupe TYT, admet que la pénurie de main-d’œuvre a poussé l’entreprise à modifier ses critères d’embauche.

«Mettez de l’avant votre marque employeur pour séduire les jeunes», a suggéré M. Lagarde. «Vous ne savez pas ce qu’est la marque employeur? Convoquez les ressources humaines et adressez-vous à un spécialiste!»

Toujours selon M. Lagarde, les milléniaux aiment voyager, vivre des nouvelles expériences et changer de milieu/d’emploi pour tenter d’améliorer leur sort. «Cela va arriver de plus en plus souvent et il les entreprises devront apprendre à s’adapter. Notamment, en formant les employés pour exercer des tâches diversifiées.»

«Il reste plein de métiers à catégoriser, surtout dans l’industrie du transport, que les orienteurs ne connaissent même pas», de poursuivre M. Lagarde. «Il y a assez de gens au Québec pour occuper tous les postes à combler. Mais c’est un peu comme sur Tinder, il faut être les plus beaux pour les attirer dans l’industrie», a-t-il dit, en lien avec la célèbre plateforme de rencontre.

«Il faut sortir des sentiers battus et développer des initiatives», a déclaré Bernard Boulé, citant comme exemple les mécaniciens qui, traditionnellement, doivent amener leurs propres outils au travail, contrairement à un employé de bureau qui n’a pas à dépenser pour sa chaise et son ordinateur.

«C’est de notre faute, on avait vu la pénurie venir et on n’a rien fait en tant qu’industrie», de conclure Luc Fortier, chef de l’entretien des véhicules, centre du Canada chez Agropur. «Maintenant, on doit travailler pour devenir plus attrayants.»

Lors de la période de questions, deux personnalités bien connues de l’industrie ont pris la parole pour offrir un conseil supplémentaire aux participants.

«Il faut absolument se démarquer en tant qu’employeur», a déclaré Jacques DeLarochellière, président d’Isaac Instruments. «Ensuite, vous allez voir tout ce que le bouche-à-oreille peut faire pour vous.»

«Dans les kiosques de recrutement, il faut des gens passionnés, pas simplement des employés qui expliquent le fonctionnement du programme de remboursement des médicaments», a déclaré pour sa part Yves Provencher, directeur, développement de marchés et d’affaires à la Compagnie Électrique Lion. «C’est vous, messieurs, qui devriez être dans les kiosques!», a-t-il ajouté à l’attention des conférenciers, parlant du salon ExpoCam qui débutait le lendemain.

Lors de la conférence suivante, qui portait également sur le recrutement et la rétention de main-d’œuvre dans l’industrie du transport routier, Nada Elkouzi (directrice régionale, Coopérative de développement régional du Québec) a expliqué en quoi l’implantation d’une coopérative de travailleurs actionnaire (CTA) au sein d’une entreprise pourrait contribuer à la rétention des employés actuels et futurs.

«Je sais que vous n’aimez pas l’idée de vous voler des employés entre vous, mais c’est la nouvelle réalité», a ensuite déclaré Jessica Joyal,  présidente de jessicajoyal.com.

Selon Mme Joyal, il ne faut pas s’attendre à ce que les nouveaux employés soient 100 pour cent efficaces dès la première journée, notamment parce qu’il y a beaucoup plus de théorie que de pratique dans les écoles. Et il est important de savoir que les milléniaux s’intéressent davantage à la flexibilité qu’à la rémunération.

«Répondez rapidement aux messages et mettez votre site web à jour, dont la section carrières», a-t-elle dit. «Il y a une garderie à proximité de votre entreprise? Mentionnez-le!»

Mme Joyal ajoute que lors d’une entrevue, les candidats remarquent si vos décorations de Noël n’ont pas été enlevées en juin ou si vos chaises sont brisées, par exemple. Ce sont des petits détails qui peuvent faire toute la différence.

En rafale, voici quelques conseils supplémentaires recueillis lors de ces deux premières conférences :

  • Soutenez les étudiants qui viennent de compléter leur DEP, car 1 800 heures de formation ne correspondent pas exactement à 1 800 heures de connaissances.
  • Encouragez la mise en place de programmes d’alternance travail/études pour ne pas que les étudiants soient privés de salaire pendant deux ans, ce qui pourrait les inciter à changer de domaine.
  • Le temps partiel n’existe pas chez vous? Il serait peut-être temps d’y songer.
  • Faites savoir aux employés de longue date qu’ils sont importants aux yeux de l’entreprise.
  • Soyez à l’écoute de vos employés et gardez en tête qu’ils ne veulent pas tous la même chose.
  • Envisagez d’offrir du télétravail, des semaines de quatre jours, des horaires flexibles et des vendredis après-midi moins chargés.
  • N’hésitez pas à adopter les nouvelles technologies pour séduire la nouvelle génération, par exemple la communication par messages texte.
  • S’il y a lieu, revoyez la description des postes affichés pour qu’elle reflète la nouvelle réalité de l’entreprise.
  • Ne voyez pas le recrutement comme une dépense mais plutôt comme un investissement.
  • Offrez la chance aux nouveaux candidats potentiels de poser des questions, car ils sont à la recherche du meilleur employeur pour eux.
  • Gérez bien vos offres d’emploi. Reformulez-les ou prenez une pause d’un mois si vous n’avez embauché personne.

Source: Transport Routier